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Mélanie Cyrille

vendredi 3 juillet 2026

Plume Verte #75 - Filière Œufs : nouvelles armes contre les salmonelles, partie 1/2

Temps de lecture : ~ 4 minutes

La salmonelle est l’une des principales préoccupations de la filière Œufs de consommation. Afin de lutter plus efficacement contre les infections à salmonelle, la vaccination avec des souches bactériennes vivantes et atténuées a été autorisée en France, depuis peu. Cet article aborde les raisons de cette autorisation et explique ce nouveau moyen de lutte.

1 - Une prévalence Salmonella française trop haute

Dans le cadre d’une approche globale One Health [1], l’Union Européenne demande aux pays membres de ne pas dépasser un seuil de prévalence de 2% pour la filière Œufs de Consommation et de 1% pour les filières Reproducteurs (Chair et Ponte). Si les pays membres respectent cette condition, l’UE s’engage à les accompagner économiquement (indemnisations des élevages). Cet accord a été traduit en France par un arrêté de lutte contre les infections à Salmonella.

Aujourd’hui, l’accompagnement économique de la France pourrait être menacé. La prévalence en filière Œufs de Consommation est en forte augmentation et au-dessus du seuil imposé depuis 2022 (Figure 1).

En comparaison, certains de nos pays voisins ont de bien meilleurs résultats (Figure 2). Mais, comment font-ils ? L’Allemagne et le Royaume-Uni ont accès depuis plus de 30 ans au vaccin « vivant » contre S. Enteritidis et S. Typhimurium. Le Royaume-Uni a rendu obligatoire la vaccination de toutes les poules commerciales dans le Lion Code (équivalent d’un cahier des charges national), ce qui représente environ 90% des œufs produits (Egg Info, 2026). Un autre point de divergence avec ces pays est la méthode de dépistage. En effet, la France est l’un des rares pays à analyser les poussières des bâtiments en plus des prélèvements sur fientes. Pour ces raisons, l’interprofession a appuyé la demande de modification de l’arrêté « Salmonelle », dans l’objectif de réduire la prévalence et maintenir les aides financières européennes.

[1] Approche globale d’une seule santé en liant la santé humaine, santé animale et l’environnement

PV 75 Figure 1
Figure 1 : Evolution des prévalences Salmonella spp en France pour les différentes filières avicoles (DGAL, 2025)

 

PV 75 figure 2
Figure 2 : Prévalence Salmonella E., T., K., dans les pays d'Europe en 2023 et 2024 (EFSA, 2024 et 2025)

2 - La vaccination « vivant » : nouveau moyen de lutte

Avant 2023, la filière Œufs avaient recours à la vaccination contre Salmonella à l’aide de vaccins inactivés injectables. Depuis 2023, la vaccination « vivant » est autorisée pour la filière Œufs de Consommation, ainsi qu’en filières Reproducteurs Chair et Ponte. Elle reste soumise à dérogation de la DDPP en filière poulets et dindes de chair.

La salmonelle ayant un tropisme digestif, le vaccin, prescrit par le vétérinaire, se distribue via l’eau de boisson. L’objectif est de coloniser le tube digestif des volailles avec des souches vaccinales, permettant ainsi de réduire l’excrétion de salmonelles sauvages.

Le programme de vaccination prévoit 3 doses pendant la phase d’élevage des poulettes. La première dose est administrée dans la première semaine de vie, la seconde entre la 6ème et la 8ème semaine, pour finir la dernière dose s’applique vers 16 semaines et obligatoirement 3 semaines avant les débuts de ponte.

La protection immunitaire se met en place environ 2 semaines après la première dose et perdure jusqu’à environ 62-68 semaines d’âge en fonction de l’âge de la primovaccination et de la souche cible (SE ou ST). Or, cette durée de protection est insuffisante pour certains élevages. En effet, la filière Œufs de Consommation qui, dans un contexte de tension sur le marché, allonge la carrière des poules pondeuses, bien au-delà de 68 semaines d’âge (actuellement en moyenne : 80-85 semaines pour les poules rousses et 100-110 semaines pour les poules blanches). Pour cette raison, un des laboratoires pharmaceutiques vétérinaires propose de prolonger la durée de protection des cheptels grâce à une 4ème dose à appliquer en cours de ponte. Le rappel est recommandé vers 50 semaines d’âge, afin de réactiver à un niveau suffisant, le système immunitaire des oiseaux. Ainsi, la protection vaccinale contre les salmonelles perdure pendant 44 à 50 semaines supplémentaires.

Depuis l’autorisation des vaccins, le nombre de poulettes vaccinées augmente progressivement. Mais l’arrivée de la modification réglementaire devrait accélérer leur utilisation. En 2025, on estime que 50% des poulettes futures pondeuses ont été vaccinées. La profession projette qu’en 2026, la part de lots vaccinés montera à 75-80%, puis l’année suivante à 90%.

Vaccination par l’eau de boisson : étapes clés de la réussite

1 - En amont de la vaccination

  • A la réception, vérifier le nombre de doses livrées
  • Conserver le vaccin au réfrigérateur, entre 4°C et 8°C et contrôler les températures quotidiennement (mini-maxi)
  • Maintenir la chaîne du froid jusqu’à la reconstitution du vaccin

2 - Préparation de la solution vaccinale

  • 48h avant : arrêter le traitement biocide et acide de l’eau de boisson
  • Assoiffer les animaux pendant 1h30-2h
  • Calculer le volume d’eau correspondant à 4h de consommation, attention au volume mort des canalisations ; 2 méthodes :
  • Calculer par rapport à la consommation de la veille
  • Compter 1ml/ jour d’âge x le nombre de poulettes
  • Noter les références du vaccin, nettoyer le plan de préparation et se laver les mains
  • Ajouter un colorant et un neutralisant du chlore dans l’eau
  • Mettre des gants et ouvrir les flacons de vaccins sous l’eau

3 - Distribution du vaccin

  • Vérifier la bonne homogénéité de la solution
  • Purger les rampes d’eau jusqu’à avoir la solution colorée en bout de chaque ligne
  • Redonner l’accès aux pipettes (rallumage de la lumière et/ou descente des rampes d’eau)
  • Surveiller la consommation de la solution vaccinale, homogénéiser la solution régulière si besoin
  • Une fois la solution vaccinale terminée, remettre environ 200L d’eau avec du colorant et du neutralisant pour pousser le reliquat de solution vaccinale

4 - Contrôle de la prise vaccinale

  • En fin de vaccination, contrôler au moins 100 oiseaux répartis dans tout le bâtiment, il est souhaitable d’avoir au moins 95% des sujets avec la langue, bec et/ou jabot teinté par le colorant
  • 48h après la vaccination, analyser les fientes via un pot de fientes ou une paire de pédichifonnette. La salmonelle vaccinale doit être retrouvée par le laboratoire d’analyse, notamment à la primo-vaccination

Retrouvez prochainement la partie 2 de cet article, dédiée à la réglementation en matière de lutte contre les salmonelles dans la filière Œufs.
 


Article rédigé par Mélanie Cyrille, Ingénieure filière avicole Chêne Vert

MélanieCyrille

Mélanie Cyrille est ingénieure en productions animales, diplômée de l’ESA (2017), spécialisée en filière avicole. Elle est aujourd’hui ingénieure filière avicole chez Chêne Vert.


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