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Amélie Dion

mercredi 3 juin 2026

Plume Verte #74 - Mortalités précoces chez le canard de Barbarie : penser à Streptococcus pluranimalium

Temps de lecture : ~ 4 minutes

Si la colibacillose reste l’une des premières hypothèses face à des mortalités précoces chez le canard de Barbarie, d’autres agents bactériens méritent d’être recherchés. Depuis 2023, Streptococcus pluranimalium est de plus en plus rencontré avec une nette augmentation des cas observés depuis fin 2025 et début 2026.

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Figure 1 - part des infections à Streptococcus plurianimalium dans les septicémies du canard diagnostiquées à Chêne Vert

Une bactérie encore peu connue

Décrite pour la première fois en 1999 par Luc A. Devriese, la bactérie Streptococcus pluranimalium doit son nom au fait qu’elle a été isolée sur plusieurs espèces animales différentes : bovins, caprins, chevaux, chats, chien et oiseaux.

En aviculture, ce streptocoque a été décrit pour son implication dans des endocardites végétantes chez le poulet de chair[1] et le canard mulard[2]. Chez le canard de Barbarie les données restent encore limitées mais les observations terrain suggèrent que ce germe mérite une attention particulière. Bien que présente naturellement dans le tractus digestif des volailles, cette bactérie semble jouer un rôle pathogène certain.

Un tableau clinique souvent frustre nécessitant une identification bactériologique

Les cas observés concernent principalement des canetons âgés entre 2 et 4 semaines. En élevage les symptômes sont souvent discrets voir absents hormis une mortalité soudaine qui constitue souvent le principal motif d’alerte. A l’autopsie, ce sont souvent des lésions de septicémie peu spécifiques qui prédominent :

  • Hypertrophie du foie (gros foie)
  • Splénomégalie (grosse rate)
  • Congestion diffuse des organes
  • Légère péricardite (voile sur le cœur)

PV74 Hypertrophie du foie et péricardite

Photo 1 : Hypertrophie du foie et péricardite
© Chêne Vert

 

PV74 Hypertrophie de la rate sans foyers de nécrose

Photo 2 : Hypertrophie de la rate sans foyers de nécrose
© Chêne Vert

Contrairement aux descriptions effectuées chez le poulet ou le canard mulard prêt à engraisser, les endocardites ne semblent pas être présentes chez le canard de Barbarie. Ainsi, l’autopsie ne permet pas toujours de la différencier avec une colibacillose et la culture bactérienne devient alors un examen complémentaire de choix.

La culture de Streptococcus pluranimalium est assez facile à obtenir à partir de prélèvements d’organes tels que le foie, le cœur et le cerveau. Après mise en culture sur gélose au sang et à l’étuve à 37°C, les colonies apparaissent avec une hémolyse verte. L’identification précise du germe repose aujourd’hui principalement sur la spectrométrie de masse MALDI-TOF MS, une technique désormais incontournable en microbiologie vétérinaire. Elle permet de différencier rapidement cette espèce des autres streptocoques aviaires d’autant plus que ses réactions biochimiques peuvent être différentes selon l’organe prélevé rendant les lectures des galeries API difficiles.

PV74 Colonies de S. pluranimalium après 24 heures d'incubation

Photo 3 : Colonies de S. pluranimalium après 24 heures d'incubation

Les observations terrains suggèrent que ce streptocoque peut se comporter comme un pathogène à part entière car il peut être isolé en culture pure dans certains cas.

Prévention et traitement

Même si des travaux complémentaires restent nécessaires, certains facteurs favorisants semblent être impliqués :

  • Stress : dans beaucoup de cas, l’infection à S. pluranimalium survenait après la vaccination mais les cas les plus récents montrent qu’une infection peut survenir avant le chantier ;
  • Immunodépression : un passage viral comme la parvovirose ou la réovirose peuvent favoriser le développement de germes comme ce streptocoque ;
  • Co-infection : dans de nombreux cas, S. pluranimalium a été isolé avec Escherichia coli.

Sur le plan thérapeutique, les souches isolées présentent une très bonne sensibilité aux bêtalactamines notamment à l’amoxicilline et des résistances à l’enrofloxacine. Sur le terrain, l’association triméthoprime sulfamides est peu efficace. La réalisation d’un antibiogramme reste recommandée pour confirmer la sensibilité de la souche isolée.

Votre vétérinaire pourra envisager la mise en place d’un traitement  antibiotique. Les résultats sont généralement satisfaisants bien que, même si peu courantes, des rechutes peuvent être observées dans certains lots. D’autre part, les réoccurrences sur un même bâtiment semblent rares.

Pour conclure

En conclusion, la vigilance et le suivi terrain des vétérinaires en lien étroit avec les éleveurs et leur encadrement technique sont essentiels pour détecter les pathologies émergentes. L’appui du laboratoire d’analyses permet d’identifier la cause précise de l’infection. Streptococcus plurianimalium est à surveiller de près et des études futures pourront permettre de définir les facteurs favorisants l’infection.

Références 

[1] Hedegaard et al., « Association of Streptococcus pluranimalium with valvular endocarditis and septicaemia in adult broiler parents ».

[2] Souvestre et al., « Endocardites Infectieuses Chez Le Canard Mulard: Etude Epidemioclinique Et Association Etiologique De Streptococcus Pluranimalium ».

Article rédigé par Amélie Dion, Docteur Vétérinaire en filière avicole chez Chêne Vert

AMELIE DION-modified

Amélie Dion est Docteur Vétérinaire, diplômée de l'école vétérinaire d'Alfort en 2024. Elle est aujourd’hui Vétérinaire en filière avicole chez Chêne Vert.