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Natacha Sorin

jeudi 19 mars 2026

Plume Verte #73 : Sécurisez vos chantiers de ramassage !

Temps de lecture : ~ 4 minutes

Article extrait de la formation en ligne ELEA « Bientraitance et Sécurité au Ramassage des Volailles », rédigé par DV Natacha Sorin.

Le départ pour l’abattoir est une étape décisive. Quelques heures cruciales pour le bien-être de vos volailles, la biosécurité de votre élevage, la sécurité des opérateurs et la qualité finale des produits.

Sur le terrain, le ramassage reste un chantier sous forte tension, avec des risques réels, mais bien souvent négligés. Même s’il est confié à une équipe extérieure, vous êtes responsable des conditions d’accueil et de sécurité sur votre exploitation. Restez vigilant !

1. Un cumul de contraintes physiques

Attraper, porter, se relever, se déplacer rapidement en bâtiment, remplir les caisses, manipuler les containers : ces actions répétées sur plusieurs heures sollicitent fortement les épaules, les poignets, les coudes, le dos et les genoux. Les troubles musculo-squelettiques (TMS), tendinites, lombalgies ou sciatiques sont fréquemment déclarés suite à ce type de chantier.

La pénombre, volontairement maintenue pour limiter le stress des volailles, augmente le risque de chutes. Les sols irréguliers, la litière grasse en fin de lot, la présence d’obstacles (chaînes d’alimentation, pipettes, matériel mal relevé) aggravent encore ce risque. Attention : les surbottes en plastique, très utilisées en élevage, deviennent glissantes sur sol humide !

À cela s’ajoutent les blessures au contact des volailles (bleus, griffures), et les heurts possibles avec les engins (chariot élévateur, télescopique, machine de ramassage mécanisée) dans un contexte de coactivité intense.

En pratique :

  • Préparer le bâtiment en amont : retirer les obstacles, repailler si nécessaire, relever les chaînes (aliment, eau) avant l’entrée de l’équipe.
  • Adapter l’effectif de l’équipe au nombre de volailles à enlever dans un temps imparti ! La cadence restera élevée, mais la surcharge individuelle sera limitée.
  • Vérifier ou compléter les Equipements de Protection Individuelle (EPI) : ils doivent être adaptés pour prévenir les blessures (gants, chaussures renforcées et antidérapantes), et pour rester visible (gilet réfléchissant, lampe frontale).
  • Organiser une rotation des postes toutes les 20 à 40 minutes (attrapage-portage > mise en caisse > rabatteur) afin de limiter la fatigue musculaire, en variant les postures.

Un chantier bien organisé réduit un peu la pénibilité des gestes répétitifs et des postures contraignantes… mais surtout les risques d’accident !

ramassage poulets - photo Chêne Vert retouchéePhoto 1 : Source Chêne Vert. Aperçu d'un ramassage manuel de poulets. Les postures contraignantes, les gestes répétitifs avec port de charges lourdes... participent à l’apparition de TMS (troubles musculosquelettiques) dans la durée.

2. Travail de nuit & vigilance diminuée

Le ramassage s’effectue souvent de nuit en horaires décalés, avec une très forte pression logistique. La dette de sommeil et la fatigue altèrent la vigilance, les réflexes et la capacité d’anticipation. Les erreurs de manipulation, les maladresses et les défauts de coordination augmentent au fil des heures. La fatigue engendre impatience et tensions, ce qui peut dégrader l’ambiance de travail et la qualité des gestes.

Dans ce contexte, le risque d’accident (chute, écrasement, faux mouvement) est majoré. La forte proximité entre opérateurs à pied et conducteurs d’engins devient d’autant plus dangereuse lorsque la visibilité est réduite.

Un autre point à risque : un opérateur épuisé manipule plus brusquement les volailles, ce qui peut avoir des conséquences à la fois en matière de bientraitance et de qualité des carcasses.

En pratique :

  • Accueillir systématiquement l’équipe pour rappeler les règles (circulation, biosécurité, port des EPI, manipulations...)
  • Clarifier avec le chef d’équipe les rôles de chacun (rabatteur, attrapeur, conducteur d’engin).
  • Vérifier l’éclairage minimal de sécurité dans les zones de circulation, sans compromettre l’apaisement des animaux.
  • Être présent et vigilant tout au long du chantier, encourager la communication entre intervenants : signaler immédiatement toute situation à risque.
  • Avoir une trousse de premiers secours fonctionnelle et les n° d’urgence à contacter (SAMU, pompiers, médecin de garde…)
  • Prévoir au minimum une pause durant le chantier, pour s’hydrater. Et une collation avant le départ de l’équipe, pour restaurer les forces !

La sécurité repose aussi sur la vigilance et l’entraide hôte-intervenants, dans un contexte à forte cadence.

Ramassage dindes - photo SDBF retouchéePhoto 2 : Source SDBF. Aperçu d'un ramassage manuel de dindes. La proximité d’engins motorisés et de ramasseurs à pied, souvent dans la pénombre, génère des risques de heurt, d’écrasement ou de chute, durant le chantier.

3. Ambiance du bâtiment à sécuriser

Durant le chantier, le brassage des volailles et les déplacements répétés soulèvent d’importantes quantités de poussières (plumes, particules de litière, déjections). En cas de litière humide en fin de lot, le taux d’ammoniac peut être élevé. En cas de litière sèche, la concentration de particules en suspension augmente encore.

Or, l’effort physique accroît la fréquence respiratoire : les opérateurs inhalent davantage de poussières et de gaz irritants. À court terme, cela provoque toux, irritation oculaire, picotements des voies respiratoires. À long terme, les expositions répétées peuvent contribuer à l’apparition d’asthme professionnel ou d’atteintes respiratoires chroniques. Un renouvellement d’air insuffisant aggrave considérablement ces risques.

Le risque zoonotique doit également être intégré : certaines maladies transmissibles des volailles à l’homme (comme l’ornithose) peuvent se transmettre par inhalation ou par contact mains souillées-bouche.

En pratique :

  • Augmenter la ventilation avant et pendant le chantier pour extraire gaz et poussières.
  • Surveiller l’état de la litière en amont et corriger si nécessaire.
  • Exiger le port de masques adaptés (au minimum FFP1, idéalement FFP2 en ambiance poussiéreuse).
  • Mettre à disposition un point d’eau fonctionnel avec savon et essuie-mains jetables.
  • Rappeler l’interdiction de manger, boire ou fumer en zone professionnelle.

La qualité de l’air relève directement de la gestion du bâtiment (litière, ventilation) et apparaît comme un facteur de risque majeur pour la santé des intervenants.

La double casquette éleveur-hôte

Le jour du ramassage, vous ne pouvez pas rester simple spectateur ! À vous de préparer et coordonner le chantier sur votre exploitation, car vous êtes responsable de la santé et de la sécurité des personnes qui y interviennent : qu’il s’agisse de salariés, d’aidants occasionnels ou d’une équipe extérieure. Cela implique d’anticiper les risques, d’adapter les conditions d’accueil et de veiller au respect des règles que vous mettez en place.

Envie d’aller plus loin ? 3 podcasts et 1 formation en ligne ELEA dédiés au ramassage des volailles vous apportent d’autres repères concrets, pour veiller à la biosécurité et la bientraitance animale sur votre exploitation.

Références 

Article extrait de la formation en ligne ELEA « Bientraitance et Sécurité au Ramassage des Volailles » - Une formation créée par Natacha Sorin (DMV Chêne Vert) en collaboration avec Lou Vaysse (Ingénieure SDBF) 

Article rédigé par Natacha Sorin, Docteur Vétérinaire en filière avicole chez Chêne Vert

Natacha sorin

Natacha Sorin est Docteur Vétérinaire, diplômée de l'école vétérinaire de Toulouse en 2004. Elle est aujourd’hui Vétérinaire en filière avicole chez Chêne Vert et également Responsable du projet e-learning Elea.