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Mélanie Cyrille

lundi 19 janvier 2026

Plume Verte #72 : Calcium et solidité de coquille : l’œuf ou la poule ?

Temps de lecture : ~ 4 minutes

Face à des coûts de production en hausse (aliment, poulette, énergie) et avec le concours de la génétique (amélioration de la persistance de ponte), les producteurs d’œufs ont entrepris une démarche d’allongement de la durée de production des lots de poules pondeuses pour mieux amortir les coûts. En moyenne, l’âge des poules à la réforme est passé de 72 à 85 semaines en quelques années. Mais faire vieillir les poules implique de nouveaux défis, notamment au regard de la qualité de coquille qui se dégrade naturellement avec l’âge.

Avant de proposer des solutions pour sécuriser la qualité de la coquille des œufs en fin de ponte, l’entreprise vétérinaire Chêne Vert en collaboration avec un groupe d’étudiants de l’ESA d’Angers a réalisé une revue bibliographique afin de synthétiser la connaissance de la communauté scientifique sur ce sujet. Cette revue a été complétée par une enquête auprès d’une centaine de producteurs d’œufs de l’ouest de la France pour apprécier leur perception de la problématique de qualité d’œuf dans leurs élevages.

Le calcium : pièce maîtresse dans le mécanisme de fabrication de la coquille

Le calcium est une pièce maitresse dans le mécanisme de fabrication de la coquille de l’œuf par les oiseaux. Souvent réduit à un simple équilibre entre l’apport alimentaire, le stockage dans l’os et l’utilisation pour la fabrication de la coquille, le métabolisme du calcium est beaucoup plus complexe (Figure 1) et fait intervenir différents organes ainsi que différentes enzymes et hormones.

Pour absorber, fixer et transporter le calcium, la poule a besoin de vitamine D3, contenue dans l’aliment celle-ci doit être activée par deux fois par hydroxylation avant d’être utilisable pour l’organisme de l’oiseau. La première hydroxylation est effectuée par le foie et la seconde par le rein. Ce processus est régulé par la calcémie sanguine, c’est-à-dire par le taux de calcium dans le sang et par un complexe d’hormones. Par exemple, si la poule a une calcémie faible alors la forme active de la vitamine D3 sera produite pour favoriser l’absorption du calcium au niveau intestinal, la réabsorption rénale mais également la résorption du calcium osseux.

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Figure 1 : Schéma du métabolisme du calcium et de la vitamine D3 chez la poule pondeuse

De plus, il est important de savoir qu’il existe une désynchronisation entre l’ingestion, l’absorption du calcium au niveau intestinal et son dépôt sur la coquille (Figure 2). De ce fait, la totalité du calcium absorbé ne peut pas être utilisée directement par l’oiseau pour fabriquer la coquille. La poule doit donc puiser du calcium dans ses os, plus précisément dans la partie médullaire des os longs. Cette part du calcium représente près de 40% du calcium de la coquille (Gautron et al. 2021).

La qualité osseuse est donc le premier facteur de risque de la solidité coquillière et elle est influencée par la croissance de la poulette. En effet, le squelette se développe en grande partie dans les 12 premières semaines de vie et forme l’ossature corticale (structure de soutien). Puis à la maturité sexuelle, l’os médullaire (réservoir de calcium) se forme au sein de l’os cortical (Lera, 2021).

 

plume verte 72 Figure 2 Chronologie de la formation de la coquille

Figure 2 : Chronologie de la formation de la coquille

L’alimentation : facteur d’influence de la qualité de l’œuf

L’alimentation constitue le seul apport extérieur de calcium pour la poule. La teneur en calcium de l’aliment est importante car la résorption osseuse réduit avec l’âge de l’animal. Il est donc impératif d’augmenter progressivement les apports de calcium tout au long de la période de production. De plus, en fonction de sa forme et de sa taille, le carbonate est absorbé plus ou moins rapidement, ce qui influence son utilisation. L’enquête menée (Chêne Vert, ESA, 2025) montre que la méthode de distribution des repas (nombre de repas et leur répartition sur la journée) semblerait exercer une influence sur la qualité de coquille, mais cela reste à confirmer.

La qualité chimique de l’eau semble, également, être un facteur influençant la solidité de la coquille. Sur le terrain, de plus en plus d’éleveurs acidifient (abaissement du pH) et/ou corrigent la dureté (TH) de leur eau de boisson et voient une amélioration de la résistance de la coquille. Dans notre enquête, ces critères ont tendance à influencer la qualité de la coquille. La Figure 3 montre la présence de défaut de coquille dans différents groupes d’élevage, regroupés en fonction du TH et pH de leur eau de boisson (Chêne Vert, ESA, 2025). Une prochaine étude a pour objectif d’éclaircir ce sujet.

Dans notre enquête, ces critères ont tendance à influencer la qualité de la coquille. La Figure 3 montre la présence de défaut de coquille dans différents groupes d’élevage, regroupés en fonction du TH et pH de leur eau de boisson (Chêne Vert, ESA, 2025). Une prochaine étude a pour objectif d’éclaircir ce sujet.
 
plume verte 72 figure 3 parts de lots confrontes a des problemes de qualite de coquille selon le type deau

Figure 3 : Parts de lots confrontés à des problèmes de qualité de coquille selon le type d'eau (enquête à dires d’éleveurs par un groupe d’étudiants de l’ESA d’Angers, 2025)

Santé digestive : alliée d’une bonne qualité de coquille

Pour finir, la santé des poules peut être un facteur qui peut influencer la qualité de la coquille des œufs. Les effets peuvent être directs ou indirects. Si certains virus ou bactéries sont capables d’altérer directement la membrane coquillère (Mycoplasma synoviae, coronavirus, pneumovirus, adénovirus, …), la majorité des pathogènes ont un impact négatif sur la qualité de coquille en entrainant une baisse de la consommation d’aliment et donc de calcium.

Une autre source qui peut être à l’origine d’une dégradation de la qualité de coquille est l’apparition des troubles digestifs (déséquilibre de flore digestive et/ou altération de la muqueuse digestive) qui peuvent modifier l’absorption des nutriments dont le calcium.

De plus, certains organes de la poule, notamment le foie et les reins qui interviennent dans le métabolisme du calcium, peuvent voir leur fonctionnement se détériorer avec l’âge ou à la suite de troubles techniques ou sanitaires. Il est donc important dans notre objectif d’allongement de la durée de production des poules, de surveiller et soutenir le fonctionnement hépatique par des apports réguliers et précoces d’hépato-protecteurs. Un apport de vitamine D3 sous forme de calcidiol (25(OH)D3) peut aussi participer soulager le foie.

Remerciements

Nous tenons à remercier l’ensemble des éleveurs ayant accepté de recevoir les étudiants et de donner de leur temps, ainsi que les étudiants de l’ESA d’Angers pour leur contribution à la compréhension de l’influence des facteurs de risques à la solidité de coquille. Cette étude ouvre de nouveaux questionnements et sujets de recherche pour Chêne Vert.

Références bibliographiques

Gautron J, Stapane L, Le Roy N, Nys Y, Rodriguez-Navarro AB et Hicke MT. 2021. « Avian Eggshell Biomineralisation : An Update on Its Ttructure, Mineralogy and Protein Tool Kit ». BMC Molecular and Cell Biology 22 (1) : 11. https://doi.org/10.1186/s12860-021-00350-0.

Lera, R. (2021) « Preparing the Lifelong Layer ». https://layinghens.hendrix-genetics.com/en/articles/preparing-long-life-layer.

Article rédigé par Mélanie Cyrille, Ingénieure filière avicole Chêne Vert

melanie cyrille

Mélanie Cyrille est ingénieure en productions animales, diplômée de l’ESA (2017), spécialisée en filière avicole. Elle est aujourd’hui ingénieure filière avicole chez Chêne Vert.