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Thomas Gin

mercredi 3 août 2022

Pass Porc n°15 : Ascaris suum, principal parasite interne chez le porc

Temps de lecture : ~3 minutes

Episode 1 : un diagnostic possible dès la fin de post-sevrage

Ascaris suum est un parasite interne chez le porc que l’on retrouve aussi bien en élevage conventionnel qu’en élevage alternatif. Nous allons voir dans cet article : le cycle de ce parasite, les conséquences de ce parasite ainsi que son diagnostic possible par prise de sang.

Parlons tout d’abord du cycle de ce parasite.

Tout commence par l’ingestion d’un œuf de parasite présent dans l’environnement du porcelet, du porc charcutier ou de la truie. Une fois ingéré et passé l’estomac, l’œuf embryonné va éclore dans l’intestin grêle pour donner naissance à une larve. Cette larve va alors commencer sa migration hors de l’intestin. Elle gagne tout d’abord le foie. Du foie, elle va alors remonter vers les poumons. Des poumons, la larve continue son chemin en remontant la trachée. En haut de la trachée, la larve est déglutie par l’animal et se retrouve de nouveau dans l’intestin. Elle se métamorphose alors en adulte pubère prêt à pondre (cf. photo ci-dessous). L’adulte ainsi présent dans l’intestin grêle mange et se reproduit. Les œufs sont excrétés dans les déjections des porcs. Le cycle est bouclé, on retrouve des œufs dans l’environnement…

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Le chiffre à retenir : 42 jours, c’est la durée pour que ce cycle se réalise, entre l’ingestion d’un œuf et les premières pontes par les Ascaris adultes. C’est pour cette raison que l’on est amené à vermifuger les porcs toutes les 5-6 semaines lors d’infestation importante. L’objectif est alors de casser le cycle du parasite. Parlez-en à votre vétérinaire traitant.

Parlons maintenant des impacts de ce parasite.

A travers le cycle larvaire de ce parasite, on imagine déjà les premières conséquences sanitaires :

  • Saisies de foie à l’abattoir : en effet, la larve d’Ascaris laisse une cicatrice sur les foies, lésion dite en « tâche de lait » qui peut entraîner une saisie du foie à l’abattoir. On peut observer ces lésions lors d’une autopsie également.
  • ​Toux vermineuse : en effet, lorsque les larves traversent les poumons et remontent la trachée, cela fait tousser.

En parallèle, on va avoir des conséquences zootechniques avec un impact sur la valorisation de l’aliment ainsi que sur la croissance. Les Ascaris adultes présents dans l’intestin grêle utilisent de l’aliment pour grandir et se reproduire.

Les conséquences pour votre élevage : zootechnique et sanitaire.

Et pour finir, abordons le diagnostic sérologique en post-sevrage.

Au sein du cabinet, nous avons récemment mené une étude sérologique en fin de post-sevrage pour estimer la prévalence d’Ascaris suum dans différentes typologies d’élevage.

Pour cela, 10 porcelets d’environ 10 semaines d’âge ont été prélevés en prise de sang pour les 15 élevages de porcs inclus dans cette étude. Ces 15 élevages ont été divisés en 3 catégories : Groupe A, élevages sur caillebotis intégral sans historique d’ascaridiose / Groupe B, élevages sur paille sans historique d’ascaridiose / Groupe C, élevage avec problématique d’ascaridiose. Pour chaque sérum prélevé, une analyse sérologique recherchant des anticorps ciblant la larve migrante d’ascaris a été réalisée au sein du laboratoire Bio Chêne Vert sur son site de Châteaubourg.

Les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Vous pouvez également retrouver l’ensemble de cette étude sur notre site Chêne Vert sous forme d’un poster présenté lors du congrès de l’Association Française de Médecine Vétérinaire Porcine en décembre 2021.

Que retenir de cette étude sérologique :

  • L’étude sérologique met en évidence des porcelets positifs dès 10 semaines d’âge. Une infestation très précoce du porcelet est donc possible. Cela renforce l’intérêt de vermifuger les truies rigoureusement ainsi que les porcelets dès 6 semaines d’âge. A discuter avec votre vétérinaire traitant.

  • La prévalence de ce parasite est d’autant plus importante si l’élevage est sur paille ; conditions favorable à la réalisation du cycle parasitaire.

  • La prévalence de ce parasite est encore plus forte si l’élevage a un historique d’ascaridiose (saisies de foie à l’abattoir, Ascaris observés sur le caillebotis ou lors d’autopsie) ; cela concerne alors aussi bien les élevages sur paille que sur caillebotis. La problématique vient alors de l’accumulation d’œufs dans l’environnement.

TABLEAU 2

 

Suite au prochain épisode.
Dans la prochaine lettre Pass Porc, nous reviendrons sur le diagnostic sérologique d’Ascaris suum en fin d’engraissement et sur les moyens de lutte.

Article rédigé par Thomas GIN, DMV Chêne Vert

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thomas gin

Thomas Gin est diplômé de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse depuis 2009.
Il exerce en production porcine au sein de Chêne Vert sur le site de Saint Mars La Brière depuis 2020.