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Christian Engel

mardi 7 juillet 2026

La Voix Lactée #15 : Les maladies respiratoires chez les bovins : l’été aussi les risques sont élevés

Temps de lecture : ~ 5 minutes

La Voix Lactée #15 : Les maladies respiratoires chez les bovins : l’été aussi les risques sont élevés

VOIX LACTEE

Introduction

Si l’on exclut les cas de la bronchite vermineuse (maladie parasitaire dûe à l’infestation des bovins par Dictyocaulus viviparus), les maladies respiratoires bovines sont généralement associées aux périodes froides de l’année, lorsque les animaux sont confinés dans des bâtiments insuffisamment ventilés.
Pourtant, la période estivale ne doit pas être considérée comme une période exempte de risques.
Les épisodes de chaleur, les variations climatiques brutales peuvent favoriser le développement d’agents infectieux qui peuvent entraîner l’apparition ou la recrudescence de troubles respiratoires chez les jeunes animaux ou chez les adultes.

Dans certains cas les séquelles pulmonaires persistent longtemps après la guérison clinique et pénalisent durablement les performances du troupeau.

Les principales maladies respiratoires rencontrées chez les bovins

Les affections respiratoires bovines résultent souvent d’une interaction complexe entre plusieurs facteurs : agents infectieux, stress environnemental, état immunitaire des animaux et conditions d’élevage.

Parmi les principaux agents pathogènes impliqués figurent :

  • Le virus respiratoire syncytial bovin (RSB).
  • Le virus de la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR).
  • Le virus de la diarrhée virale bovine (BVD),
  • Le virus parainfluenza de type 3.

Les bactéries jouent également un rôle majeur :

  • Mannheimia haemolytica.
  • Pasteurella multocida.
  • Histophilus somni.
  • Mycoplasma bovis.

Un épisode viral va venir affaiblir les défenses respiratoires et favoriser ensuite l’installation de bactéries responsables de pneumonies parfois très sévères, voire mortelles.

Pourquoi la période estivale favorise-t-elle certaines maladies respiratoires ?

Le stress thermique constitue l’un des principaux facteurs de risque. Lorsque la température ambiante dépasse la zone de confort thermique des bovins, l’organisme mobilise d’importantes ressources pour maintenir sa température corporelle.

Les animaux augmentent leur fréquence respiratoire afin d’évacuer l’excès de chaleur. Cette hyperventilation prolongée entraîne une fatigue physiologique et une diminution des capacités immunitaires. Les défenses naturelles des voies respiratoires deviennent moins efficaces face aux agents pathogènes présents dans l’environnement.

Les épisodes caniculaires répétés aggravent ce phénomène et rendent les animaux plus sensibles aux infections.

Les amplitudes thermiques
L’été est souvent marqué par des écarts importants entre les températures diurnes et nocturnes. Les matinées fraîches succèdent parfois à des journées très chaudes.Ces variations brusques sollicitent fortement les mécanismes d’adaptation des bovins. Les muqueuses respiratoires peuvent être fragilisées, favorisant la pénétration des agents infectieux.

Les poussières
Les conditions estivales favorisent la production de poussières dans les bâtiments, les couloirs d’alimentation et les zones de circulation.
Les particules en suspension irritent les voies respiratoires et altèrent les mécanismes naturels de défense. Elles peuvent également transporter des micro-organismes pathogènes et augmenter leur diffusion au sein du troupeau.

La concentration des animaux
Durant les fortes chaleurs, que ce soit en bâtiment ou en exterieur, les animaux peuvent être regroupés autour des points d’eau, au niveau des zones les plus ventilés et/ou les plus ombragées ou au niveau des zones d’aspersion ou de brumisation.
Cette concentration favorise les contacts rapprochés et augmente les risques de transmission des agents infectieux.

Les risques spécifiques chez les jeunes bovins

Les veaux et les jeunes bovins constituent la catégorie la plus sensible aux maladies respiratoires.

Une immunité encore immature
Même lorsque le transfert d’immunité colostrale a été correctement réalisé, le système immunitaire des jeunes animaux demeure en développement. Cette situation les rend particulièrement vulnérables aux infections respiratoires.

Les périodes critiques
Plusieurs étapes de la vie du jeune bovin sont associées à un risque accru :

  • Le sevrage.
  • Les regroupements.
  • Les changements alimentaires.
  • Les transports.
  • L’entrée en atelier d’engraissement.

Lorsque ces événements surviennent durant une période chaude, leurs effets stressants peuvent être amplifiés.

Il en résulte :

  • Une baisse de croissance.
  • Une augmentation de l’indice de consommation.
  • Des retards à la mise à la reproduction.
  • Une mortalité parfois importante.

Même après guérison, des lésions pulmonaires résiduelles peuvent compromettre durablement les performances.

Les risques spécifiques chez les bovins adultes

Les bovins adultes disposent généralement d’une meilleure immunité, mais restent exposés à plusieurs risques.

Chez les vaches laitières, le stress thermique provoque :

  • Une baisse d’ingestion.
  • Une diminution de la production laitière.
  • Une altération des fonctions immunitaires.

Les maladies respiratoires peuvent alors s’installer plus facilement.

Les bovins souffrant de maladies chroniques ou présentant une condition corporelle insuffisante sont plus sensibles aux infections respiratoires estivales.

Les signes cliniques à surveiller

Une détection précoce améliore considérablement les chances de guérison.

Les principaux signes d’alerte sont :

  • Toux répétée.
  • Écoulement nasal.
  • Écoulement oculaire.
  • Respiration rapide.
  • Difficultés respiratoires.
  • Fièvre.
  • Perte d’appétit.
  • Isolement du troupeau.
  • Baisse de production laitière.
  • Retard de croissance.

L’apparition simultanée de plusieurs de ces symptômes doit conduire à une évaluation rapide de la situation sanitaire.

L’importance de la qualité de l’air

La qualité de l’air constitue un élément fondamental de la prévention.

Même en été, certains bâtiments peuvent présenter une ventilation insuffisante.

Les objectifs sont les suivants :

  • Éliminer l’excès d’humidité.
  • Réduire les concentrations de poussières.
  • Limiter l’accumulation de gaz nocifs.
  • Maintenir une circulation d’air efficace sans courant excessif.

Les ouvertures latérales, les faîtages correctement dimensionnés et les systèmes de ventilation mécanique peuvent contribuer à améliorer l’ambiance des bâtiments.

La gestion du stress thermique

La lutte contre le stress thermique représente une priorité.

  • Assurer un accès permanent à l’eau
    Les besoins hydriques augmentent fortement durant les périodes chaudes.
    Une eau propre, fraîche et disponible en quantité suffisante permet de limiter les effets du stress thermique.
     
  • Fournir des zones d’ombrage
    Les bovins doivent disposer d’espaces ombragés adaptés à la taille du troupeau.
    Les arbres, abris ou structures spécifiques contribuent à réduire la température ressentie.
     
  • Optimiser la ventilation
    Dans les bâtiments, la circulation de l’air doit être favorisée afin d’évacuer la chaleur accumulée.
    L’utilisation de ventilateurs doit envisagée dans certaines situations.
     
  • Adapter les horaires de travail
    Les manipulations, vaccinations ou transports devraient être réalisés de préférence aux heures les plus fraîches de la journée.

Les mesures de biosécurité

La biosécurité constitue un pilier majeur de la prévention.

  • Contrôle des introductions
    Tout nouvel animal introduit dans le troupeau représente un risque sanitaire potentiel.

En cas d’achat de bovins il convient :
- D’observer l’état de santé.
- De réaliser les examens nécessaires afin d’éviter l’introduction d’agents pathogènes.

  • Limitation des contacts
    La réduction des mélanges entre groupes d’animaux contribue à limiter la circulation des maladies.
     
  • Nettoyage et désinfection
    Les équipements, véhicules et zones de contention doivent être régulièrement nettoyés et désinfectés.
     
  • Vaccination
    La vaccination constitue un outil essentiel dans la prévention des maladies respiratoires.
    Les protocoles doivent être définis avec le vétérinaire de l’élevage en fonction :
    - Des risques locaux
    - Du statut sanitaire du troupeau
    - De l’âge des animaux
    - Des objectifs de production.
    Une vaccination correctement planifiée permet de réduire la fréquence et la gravité des épisodes respiratoires.

L’alimentation et le soutien immunitaire

Une alimentation équilibrée participe directement à la résistance des animaux aux infections.

Les points essentiels concernent :

  • L’apport énergétique.
  • L’équilibre protéique.
  • Les minéraux.
  • Les oligoéléments.
  • Les vitamines.
  • Les substances tampons

Les carences nutritionnelles diminuent les capacités de défense de l’organisme.

Lors des fortes chaleurs les animaux ingèrent moins et il est alors fortement recommandé de maintenir une concentration suffisante de tous ces éléments essentiels.

Le maintien d’un bon état corporel constitue un facteur favorable à la prévention des maladies respiratoires.

L’importance du diagnostic précoce

Un diagnostic rapide permet :

  • D’améliorer les chances de guérison.
  • De limiter la diffusion des agents pathogènes.
  • De réduire les coûts de traitement.
  • De préserver les performances du troupeau.

La consultation précoce du vétérinaire reste essentielle dès l’apparition de signes respiratoires inhabituels.

Pour conclure...

Construire une stratégie globale pour mieux prévenir les maladies respiratoires estivales

La prévention des maladies respiratoires estivales ne repose jamais sur une seule mesure. Elle doit associer :

  • Une bonne gestion du stress thermique.
  • Une ventilation adaptée.
  • Une alimentation suffisante et équilibrée.
  • Une surveillance sanitaire rigoureuse.
  • Une biosécurité efficace.
  • Une vaccination raisonnée.
  • Une gestion adaptée des introductions et des transports.

Cette approche globale permet de réduire significativement le risque sanitaire.
L’équipe de vétérinaires et d’ingénieurs Chêne Vert est en mesure de vous apporter des conseils éclairés pour gérer et passer au mieux la période estivale. N’hésitez pas à nous contacter.

Références bibliographiques

Callan, R.J. & Garry, F.B. (2005). Biosecurity and Bovine Respiratory Disease. Veterinary Clinics of North America: Food Animal Practice, 18(1), 57-77.

Cartwright, S.L., Schmied, J., Livernois, A., & Mallard, B.A. (2022). Effect of in-vivo heat challenge on physiological parameters and immune function in dairy cattle. Frontiers in Veterinary Science.

Cockcroft, P.D. (2015). Bovine Respiratory Disease (BRD): Diagnosis, Prevention and Control. In: Bovine Medicine. Wiley-Blackwell.

Gorden, P.J. & Plummer, P. (2010). Control, Management, and Prevention of Bovine Respiratory Disease in Dairy Calves and Cows. Veterinary Clinics of North America: Food Animal Practice, 26(2), 243-259.

Hanzen, C., Delhez, P., Hornick, J.L., Lessire, F., & Gherissi, D.E. (2024). Le stress thermique environnemental dans l’espèce bovine : effets physiologiques, pathologiques, comportementaux, alimentaires, immunitaires et sur la production laitière. Revue d’Élevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux, 77, 1-13.

Idris, M., Uddin, J., Sullivan, M., McNeill, D.M., & Phillips, C.J.C. (2021). Non-invasive physiological indicators of heat stress in cattle. Animals, 11, 71.

Meyer, G. & Maillard, R. (2020). Vade-mecum des maladies respiratoires bovines. Éditions Med’Com. Ouvrage pratique consacré à la reconnaissance, au diagnostic, à la prévention et à la gestion des principales affections respiratoires bovines.
 

christian engel

Christian Engel est diplômé d'Oniris depuis 1997.
Il a rejoint Chêne Vert en 2018 et exerce depuis en consulting vache laitière sur le site de Lécousse.